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    Sur les traces des vautours d’organes humains

     

    Au Bénin, les organes humains font l’objet d’un trafic et d’un commerce clandestin avec en toile de fond la profanation des tombes, des assassinats inhumains et des disparitions mystérieuses d’âmes.

    Fort heureusement, c’est dans la grande cour de la maison d’arrêt de Cotonou que je rencontrai notre criminel. C’était un après-midi du mois de mai. Nous, d’autres confrères et moi, montons à bord d’un véhicule 4X4 Prado. Le chauffeur, un homme robuste, nous conduit à la prison civile où nous attendons les donateurs de vivres aux prisonniers. A leur arrivée et après les salutations d’usage, s’ensuit la visite guidée des lieux en compagnie du régisseur et de ses collaborateurs. La prison grouillait de monde. On ne pouvait entendre les mouches volées tel le vacarme ressemblait fort bien à celle des grands jours de marché. Il était difficile de se frayer un passage parmi les prisonniers. Quelques militaires et gardiens en poste  nous aidaient à trouver un passage au milieu de l’immense foule. Les conditions de vie y sont exécrables. La veille de notre arrivée, une personne est morte dans la maison. Les prisons béninoises sont pleines comme des œufs : la population carcérale dépassent les 1000 prisonniers pour une capacité de 500 à 1000 détenus.

    Au détour d’une des cours de la maison, un prisonnier, Firmin Acakpo, cultivateur et guérisseur, m’approcha. Je ne t’ai pas venu m’entretenir avec lui. Mais nous avons échangé quelques minutes. Je lui demandai pourquoi il était dans cette maison et il n’hésita pas à me raconter ses forfaits.

    Des gris-gris très puissants

    Firmin n’est point un prisonnier comme les autres. C’est un homme maigre de 43 ans, précocement ridé par la prison. Les lèvres sèches et le ventre creux, il avait l’allure de quelqu’un qui est quotidiennement rongé par la faim. Comme les autres locataires de la prison, ils n’avaient droit qu’à deux repas par jour. Depuis neuf ans, il y séjourne pour « trafic d’organes humains ». Originaire de Kpomassè, une localité située à 51 kilomètres de Cotonou, la métropole économique du Bénin, il lui reste encore six ans à passer dans cette geôle. D’emblée, je veux comprendre comment on arrive à se procurer les organes humains. Le marché d’approvisionnement des organes humains est un peu partout, me répond-il. Des marabouts ou des guérisseurs traditionnels demandent à leurs clients de se procurer d’un organe humain (tête, cœur, sein, bosse, doigt et orteils, pénis et testicule, sang humain etc) pour les rendre riche ou les aider à faire prospérer leurs affaires ou à connaître des ascensions fulgurantes en politique ou en entreprise. A défaut de se procurer les organes exigés au marché Mahoulé de Dantokpa, à Cotonou ou dans celui célèbre de « Djakara » au Nigeria voisin ou de profaner les tombes des cimetières, des âmes sont simplement enlevées puis assassinées et leurs organes prélevés. Et c’est tout. Des dizaines de personnes, jeunes filles, enfants, mineurs, bossues et albinos sont assassinés, chaque année, à travers le pays, poursuit Firmin. Des tombes sont éventrées chaque jour. De nombreux enfants disparaissent mystérieusement sans que leurs parents les retrouvent. « Quand j’étais encore en activité, j’invitais des enfants dans mon couvent surtout les fillettes qui vendent et les assassinait froidement sans que personne ne sache. J’utilisais leurs organes pour fabriquer des gris-gris très puissants pour attirer l’argent, fructifier les affaires et même guérir des maladies occultes», raconte Firmin. Il affirme avoir fait manger de la chair humaine à des hommes d’affaires et des hommes politiques. « La plupart de ceux que vous voyez dans les grosses voitures utilisent des produits à base d’organes humaines ». En sept ans, il a tué des dizaines de personnes pour fabriquer ces produits occultes.

    Des millions gagnés

    Ces activités que Firmin exerce sur fond de trafic d’organes humains lui ont rapporté des millions. Avec tout cet argent, il a construit deux maisons dont une a été mise en location et s’est acheté une voiture. Quand on observe aujourd’hui Firmin, on ne voit pas en lui celui qui a compté des millions dans sa vie. Du haut de ses 1m66, il est vêtu d’une chemisette par dessus un pantalon en pagne local surmonté d’un gilet bleu nuit de prisonnier.

    Firmin, lui  demandé-je, quels sont les organes les plus prisés et qui rapporte gros ?

    -           La bosse d’un bossu et les organes d’un albinos, répond-il sans crainte.

    -           Vous en avez vendu de tels organes une fois dans votre vie?

    -           Non, je n’ai jamais pu mettre la main sur une bosse mais j’en ai acheté des parties au marché des ossements à Dantokpa.

    -           Et combien coûte une bosse et une tête d’albinois ?

    -           Je ne peux pas vous donner un montant exact mais ça va au-delà du million de francs cfa. Les bossus sont très recherchés. Ils constituent avec les albinos les proies les plus faciles.

    Le trafic et le commerce des organes humains ne datent pas d’aujourd’hui. Le phénomène est ancien. Le sacrifice humain et l’utilisation d’organes humains lors des rites et cérémonies cultuelles étaient une règle dans la société traditionnelle. La volonté de puissance, la soif d’accumulation de pouvoir surnaturels et de richesses matérielles constituent les fondements des survivances du trafic des organes humains. Le pillage des tombes dans les cimetières, les enlèvements et  assassinats de personnes pour y prélever des organes clés, la vente des ossements et des organes humains au marché ne représentent que les nouvelles stratégies récentes pour se procurer les organes humains. Quand le roi, qui avait le droit de vie et de mort sur ses sujets, décidait de sacrifier un esclave sur l’autel de ses aïeux lors des moments difficiles de la vie de la communauté à laquelle il appartient pour conjurer les intempéries, les calamités naturelles et les mauvais sorts, il ne le faisait pas dans l’intention de gagner de l’argent. Mais surtout par respect de la tradition pour maintenir l’équilibre de la cité et pour implorer la bénédiction des dieux et des ancêtres en vue d’une harmonie et une bonne marche des activités dans le royaume. A l’époque, les esclaves qui étaient généralement des captifs de guerre étaient les proies sacrifiés aux dieux tutélaires.

    La pierre à la place du cœur

    Mais les choses ont changé. Véritablement. Les royaumes n’existent presque plus ou tout au plus ont changé de visage. La tradition est galvaudée. L’avidité de pouvoir ou de puissance, la quête effrénée de puissance de domination sur les autres conduit des individus et souvent pas des moindres au sacrifice humain ou à l’utilisation de produits occultes à base d’organes humains. Les organes humains utilisés dans les rites cultuels alimentent des circuits commerciaux à l’intérieur du pays et même au-delà des frontières en direction du Nigeria voisin et même du Gabon où vit une forte communauté de Béninois depuis des années. Le besoin grandissant d’utilisation d’organes humains pour la fabrication de poudres, de talismans, d’amulettes de toutes sortes a fait naître des rapaces, grand pourvoyeurs de la tradition et des religions endogènes devant l’éternel. Il est évident qu’il existe des hommes et des femmes qui sont  incapables de gagner aujourd’hui honnêtement leur vie.

    « C'est honteux, c'est malheureux de la part de ces gens là. Les préleveurs d'organes humains ont la pierre à la place du cœur. Je ne pense pas que c'est le chômage qui conduit à cette pratique. Ce sont des paresseux, je les classe au même titre que les trafiquants de drogue, les malfaiteurs et divorcés de la société. C'est des paresseux qui veulent gagner de l'argent sans aucun effort. C'est impensable qu'on puisse enterrer un être humain et c'est leurs organes humains qui constituent un commerce pour les autres », affirme Martin Assogba, président de l'Association de lutte contre le raciste, l'ethnocentrisme et le régionalisme (ALCRER), une ONG qui fait la promotion des droits de l'homme, de la bonne gouvernance et de l'éducation civique et morale.

    Très révolté et remonté contre la pratique, celui-ci préconise la prison pour les criminels et leur élimination simple de la société dans les règles de l’art. Mais il avertit que seule une bonne éducation aux enfants, adultes de demain, peut empêcher la manifestation d’actes criminels dans la société. « Il faut bien éduquer les enfants. Je demande aux parents démissionnaires de donner l'éducation qu'il faut à leurs enfants pour leur faire comprendre le bien du mal. C'est dans l’absence d’éducation que tout ça là vient. Aujourd'hui, il y a beaucoup de parents qui ont démissionné ».

    Ils sont dissimulés dans des sacs

    Les organes humains se vendent à Mahoulé à Dantokpa (plus grand marché de l’Afrique de l’ouest) comme des denrées alimentaires. Ce marché fort de dizaines d’étalages bien garnis d’ossements, de peaux et d’autres restes d’animaux puants, est situé aux abords du lac Nokoué. Sur les étales, il n’y a pas d’organes humains mais ils sont dissimulés dans des sacs sous les étalages ou dans la poche du vendeur. Nul ne peut se faire servir un organe humain dans ce marché au premier coup s’il n’est pas un habitué des lieux, un initié ou avertit de certains codes d’achat. C’est  au bout d’un long processus de mise en confiance que les vendeurs se décident à livrer le produit à leur clientèle « Quand tu vas au marché et que tu n’est pas un initié, on peut te vendre des organes d’animaux à la place d’organes humains », déclare Dah, un tradi-praticien demeurant à Cotonou. Mahoulé, n’est pas le seul lieu d’approvisionnement en organes humains au Bénin. De nombreux couvents sont des points de vente d’organes humaines surtout frais. Là comme à Dantokpa, tout s’opère dans la clandestinité entre initiés et intermédiaires véreux. «  Si tu veux un organe humain et que tu ne passe pas par un intermédiaire, tu ne le trouvera pas. La probabilité est très faible de le trouver au marché tout de go un organe à acheter sans être initiés ou sans intermédiaires », renchérit-il. Les couvents de certaines divinités sont construits sur des restes humains. Il arrive souvent de trouver des organes humains qui gardent encore toute leur fraîcheur sans être mis au frais  dans ces marchés, couvents et auprès de trafiquants. Dans ces cas, la conservation se fait en recouvrant l’organe dans un tissu blanc, trempé dans une bonne quantité de miel puis emballer dans des sachets noirs.

    Par ailleurs, il existe, dans presque tous les villages du Bénin, des marchés de vente d’ossements et de reste d’animaux dans lesquels sont souvent dissimulés des organes humains.

    Le sang de Kate

    Comme Firmin, ils sont nombreux les inculpés et les condamnés pour trafic d’organes humains, détenus dans les neuf prisons béninoises. Quelques semaines avant ma rencontre avec Firmin, Avocèvou Dieudonné, prêtre de la divinité Dah Yovo faisant partie de ces criminels, a été arrêté (le 5 février 2013), par la Brigade de Gendarmerie de l’arrondissement de Ouando, à Porto-Novo, la capitale politique pour avoir assassiné l’un de ses amis pour sa divinité. Lorsque les flics ont procédé à la destruction de la divinité après ses aveux et l’arrestation d’un de ses complices, le sieur Louis Houndékon, des crânes et ossements humains de tout genre ont été déterrés dans son couvent. Des couvents remplis autant d’horreurs pullulent à travers le pays. D’autres ouvrent certainement leur porte pour s’adonner à la même pratique.

    Dans la première semaine du mois de janvier de cette année, deux fillettes, de la même famille, Djandja Moïba et Samiratou, âgées de 9 ans, sont sauvagement assassinées à Inirou, dans l’arrondissement de Kilibo, une localité de la commune de Ouèssè, située à environ 300 kilomètres au nord de Cotonou. Quelques semaines plus tard, neuf présumés auteurs de l’assassinat ont été appréhendés à Toui, un autre arrondissement de la même commune, par la gendarmerie avec les têtes fracassées et d’autres organes des deux fillettes. Depuis lors, ils croupissent à la prison civile d’Abomey.

    En 2012, toujours dans la localité de Kilibo, un homme a été arrêté avec un sac contenant la tête d’une fillette de trois ans assassinée. Trois ans plus tôt (jeudi 12 mars 2009), une volontaire américaine, originaire de la Géorgie, Catherine Puzey, âgée de 24 ans, travaillant comme enseignante d’anglais dans une école pour le Corps de la Paix au Bénin, depuis juillet 2007,  a été assassinée à  Badjoudé  dans la commune de Ouaké, une petite ville au nord-ouest du pays. Les assassins avaient recueilli le sang de la jeune volontaire et prélevé des organes avant de disparaître dans la nature. La nouvelle de la mort de Kate, comme l’appelle affectueusement ses amis, avait bouleversé beaucoup de monde dans le pays. Les enquêtes des forces de sécurité ainsi que celles du FBI - services de renseignements américains –  ont permis de mettre la main sur des présumés auteurs du crime : les sieurs Jacques Constant Bio, Jacques Aurélien Bio et Gafari Amoussa, toujours en prison. Selon l’ambassadeur des Etats-Unis près le Bénin en poste au moment du drame, Gayleatha Brown, l’assassinat insensé et vicieux de Kate révolte toute personne qui accorde partout du prix à la vie, à la liberté et aux droits de la femme.

    $135   à $555 une poche de sang

    Des actes crapuleux et inhumains comme celui perpétré sur la personne de Kate sont monnaies courantes au Bénin. Ils sont encouragés par des pratiques religieuses traditionnelles de plus en plus friandes en organe humain. C’est le cas du  « kininsi », un fétiche qui donne le pouvoir et distribue la richesse mais très consommateur du sang humain.

    Le panthéon béninois est riche en divinités de toutes sortes et de toutes couleurs dont une bonne dizaine est consommatrice de sang humain, selon les explications des féticheurs et guérisseurs traditionnels. Depuis quelques années, de nombreux jeunes cybercriminels s’offrent les pouvoirs de ces fétiches pour arnaquer sur Internet. Ainsi, un marché noir qui prend de l’ampleur existe autour du sang humain. Ce marché gravite autour des unités de banques de sang des hôpitaux du pays. Le marché est animé par les agents et auxiliaires de santé et leurs intermédiaires qui fournissent le sang humain à des trafiquants qui les revendent ensuite à des consommateurs illicites composés d’évangélistes, de pasteurs, de guérisseurs, de maîtres et apprentis sorciers, de cybercriminels. La liste n’est pas exhaustive : tous les assoiffés de pouvoir, de richesse et de puissance de domination des autres en raffolent. Le sang trafiqué est aussi vendu aux détenteurs de ces fétiches. L’un de mes cousins en avait un dans sa chambre à coucher à des fins de cybercriminalité.

    Une poche de sang vendue à 2000 francs CFA soit environ US $5 au niveau des hôpitaux au lieu de 45 000 francs CFA soit environ $100 (si l’on tient compte des prélèvements, réactifs et conservations), selon Patrick Honvou, président de l’Association des donneurs bénévoles de Sang du Bénin, cellule du centre National Hospitalier Hubert Mage de Cotonou, coûte sur le marché noir 60 000 ($135) à 250 000 francs CFA ($555). D’après Honvou, le sang humain est un produit que l’argent ni l’or ne saurait  acheter. C’est pourquoi, il est distribué sous forme de don et en aucun cas ne peut prendre valeur monétaire de la sorte.

    Au Bénin, le sang humain est cédé sur présentation d’une ordonnance de n’importe quel médecin. L’acquisition facile du sang encourage son trafic. Les faussaires fabriquent eux-mêmes des ordonnances médicales. Ils utilisent ces fausses ordonnances pour acheter des poches de sang. Il est impossible de déterminer la provenance du petit papier et même à tracer plus tard le liquide vitale lorsqu’il pénètre le circuit du marché noir.

    Le trafic de sang a commencé avec les poches de sang avariées (infectées par le Vih/Sida) puis s’est généralisé au sang sain. Ce trafic de sang très lucratif, à l’origine des pénuries de sang qu’on observe dans les hôpitaux, se fait aussi en direction du Nigéria, confie des acteurs. « Le trafic et la pénurie de sang qui en découle sont souvent à leur point nodal à la veille des consultations électorales, des nominations à des hautes fonctions administratives et au moment de la veille des fêtes de fin d’années où les gens ont des besoins en dépenses assez élevés », affirme Dah Tomali, guérisseur à Porto-Novo. Le trafic est aussi organisé de pair avec des prélèvements d’organes sur les cadavres dans les morgues des hôpitaux.

     

    10 à 20 ans de travaux forcés

    Mais la justice ne ferme pas du tout les yeux sur les vautours d’organes humains lorsqu’ils sont pris la main dans le sac. « Lorsque vous faites des choses qui sont interdites par la nature, la nature punit tout le monde. L'âme de ces défunts dont ils prélèvent les organes pour aller vendre les poursuivront et ils se feront prendre tôt ou tard », affirme Assogba.

    Au Bénin, la loi dispose que « (…) Tout acte d’anthropophagie, tout trafic ou cession de chair humaine à titre onéreux ou gratuit sera puni des travaux forcés à temps ». Le dernier alinéa de l’article 302 du code pénal en vigueur actuellement au Bénin est ferme sur le trafic de toute partie du corps humain. Selon Sylvestre Farra, greffier à la Cour d’appel de Cotonou, « le trafic d’organes humains est un crime ». De ce fait, « c’est la cour d’assises qui connaît de son sort », explique-t-il. Le juriste Noël Guèguèzo indique, quant à lui, que « tous les acteurs impliqués dans le trafic des organes humains sont punis par la loi ; aussi bien les auteurs que les complices ». Il ajoute, en effet, que « deux modes opératoires sont souvent décelés dans ce crime. D’abord, il y a des personnes, qui nuitamment vont profaner les tombes pour en extraire les organes humains. Ensuite, il y a d’autres qui détruisent les tombes pour s’approvisionner en organes humains en complicité avec les gardiens de cimetière ».

    Selon un juge de la Cour d’appel de Cotonou, « les peines auxquelles sont condamnées les personnes impliquées et jugées coupables de ce crime varient de 10 à 20 ans de travaux forcés ». Et dans la plupart des cas, « les inculpés reconnaissent les faits qui leur sont reprochés. Ils disent souvent l’avoir fait à des fins d’enrichissement, de protection contre les mauvais esprits… », poursuit le juge. Parfois, le trafic d’organes humains est doublé de « pratique de charlatanisme qui est une infraction aussi durement punie », précise Guèguèzo.

    Cependant, le magistrat tout comme le greffier Farra, fait constater que « le crime de trafic d’organes humains n’est pas fréquent aux cours d’assises. C’est un ou deux cas qu’on retrouve à chaque fois que les assises se tiennent ». Il en est ainsi aussi bien à la cour d’appel de Cotonou, à celle d’Abomey que de Parakou, les trois cours d’appel du pays.

    Pour combattre le phénomène, des dignitaires de culte vodun recommandent désormais une enquête de moralité pour toute implantation d’un vodun, une autorisation préalable et une supervision du couvent. " Plus jamais ça au Bénin " est leur leitmotiv afin que cesse les pratiques inhumaines qui n'honorent pas la culture béninoise.

     

    Christophe D Assogba

     

    En chiffres

    Le Bénin dispose de neuf prisons dont on ne connaît pas l’effectif exacte de la population carcérale. En dehors de la maison d’arrêt de Missérété pleine à 100 %, les autres prisons sont remplies à plus de 300 %.  Par exemple, d’’une capacité d’environs 1000 places, la maison d’arrêt de Missérété abrite au 12 juin 2013, 1042 détenus aux statuts divers : 751 condamnés, 290 inculpés, 59 détenus ayant leurs dossiers à la chambre d’accusation et 231 ayant leurs dossiers encore à la chambre d’instruction. La prison civile de Cotonou compte à la date du 20 juin 2013, 2045 pensionnaires pour une capacité de 500 détenus. Tandis que celle d’Abomey compte 1171 détenus à la date du 18 Juin 2013 pour des dortoirs d’une capacité de 250 places.

     

    L’achat ou la vente d’organes humains requiert la maîtrise de certains codes ou langages de vente. Chaque organe a un nom que seul l’initié sait de quoi il est question. Si vous voulez acheter une tête d’homme, prenez la peine de connaître comment il est désigné dans le marché sinon vous n’aurez pas satisfaction ou vous vous ferai servir du faux. Une tête d’homme est désigné sous le nom de « kanlin dou jetà », un tibia humain « zakètè », un fémur humain « awahou », une main « alö », les poils « foun » etc…« sin » désigne l’eau de toilette d’un cadavre. La liste n’est pas exhaustive mais d’habitude, les non-initiés se perdent quand ceux qui maîtrisent le langage échangent.

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  • Cité de Houégbadjavi au Bénin

    Les têtes couronnées et sages menacent de désolidariser Abomey  de la RB

    Les têtes couronnées et sages de la cité des Houégbadjavi (Abomey) au Bénin ont ténue une rencontre aujourd’hui dans cette ville historique sur la gestion des hommes au sein du parti La Renaissance du Bénin qui traverse des moments difficiles. Dans la déclaration finale de cette rencontre, les  autorités religieuses et morales locales menacent de désolidariser Abomey de la Rb avec à la clé le départ de l’ancien maire et ministre Blaise Ahanhanzo Glèlè. Ils sollicitent même le départ de l’actuelle président Léhady Soglo de la tête du parti au cas où cela serait nécessaire pour sauver cette formation politique du naufrage.

    Entre autres grands dignitaires d'Abomey présents à la cérémonie de déclaration: les chefs de cultes, les chefs cantons, les Assiata, les Hounongans, les Gankpo et les Nans. Tous ceux qui incarnent la royauté et les leaders d'opinion actuellement sur le plateau d'Abomey. La déclaration a été lue par Dah Bléko Yovogan en français et repris en fon par Dah Mèhou Yèdonou. Le chef canton Dah Zodéhougan et le chef Assiata Dah Mèlé ont clôturé les interventions.

     

    Lire la Déclaration

     

    DISCOURS A L’OCCASION DE LA SORTIE DES SAGES ET NOTABLES D’ABOMEY

    Chers Dignitaires, Chers Sages et Notables, Chers Gardiens de la tradition Royale, Princes et Princesses du Plateau d’Abomey, Bonjour !
    C’est avec un immense plaisir doublé d’une grande joie que nous prenons la parole en ce jour  pour vous dire merci. Vous  ne vous êtes pas fait prier avant de faire le déplacement de ce jour. C’est la preuve que le développement de la cité historique, l’avenir  du Plateau d’Abomey vous préoccupe et vous tient à cœur. Je vous  remercie parce que vous avez compris qu’aux grands maux, les grands remèdes. De la même manière, vous faites bien de percevoir qu’à situation exceptionnelle, mesure exceptionnelle. Même si cela paraît  aujourd’hui un peu tard, ne dit-on pas souvent qu’il n’est jamais trop tard pour bien faire ?  
    Chers Amis, chers Frères et Sœurs, Honorables invités, Dignitaires et têtes couronnées,
    Pour prétendre avoir bien vécu sur cette terre, il faut s’efforcer pendant qu’il est encore temps de travailler à laisser quelque chose de bien aux générations futures. Et c’est à cela que je vous invite dès aujourd’hui. L’heure a sonné pour que chacun de nous fasse une analyse de conscience,  en regardant et en plaçant au dessus de tout autre considération le Plateau d’Abomey qui nous est si cher, avec sa  capitale historique Abomey dont nous nous évertuons à lui redonner ses lettres de noblesse. Vous savez bien de quoi je parle ! Qu’attendons-nous pour redorer notre blason au plan socio-politique et économique ?  Tout le monde nous observe. Que faire ?
    En effet, il n’est un secret pour personne que l’identité politique remarquable des Houégbadjavi jusque-là, c’est la Renaissance du Bénin qui par le passé,  a brillé de mille feux et a gardé sa place sur l’échiquier politique national.  Mais durant tout ce parcours, que d’épines, de péripéties et d’autoritarisme. Aujourd’hui, on confond parfois que la gestion d’un parti qui se veut national, démocratique et prospère ne doit pas se limiter au seul commandement et bon vouloir d’un seul individu fût-il héritier. En parler très souvent, on vous prend pour l’indiscipliné du groupe et vous êtes du coup l’objet de toutes les cabales. Où en sommes-nous aujourd’hui Frères et Sœurs? Que nous arrive-t- il ? Excusez si j’accuse sans le vouloir. A mon humble avis, doit-on faire en politique des soustractions et des divisions. Bien au contraire, c’est par la loi de la multiplication et de l’addition qu’on règne
    pour la satisfaction de la cité. Malheureusement, au sein de la RB, c’est avec amertume que nous constatons qu’il n’y a que quelques privilégiés qui décident de tout  au grand mépris de ceux qui se tuent à la tâche, se sacrifient au prix de leur vie.
    Tout diagnostic fait, la dégringolade de ce grand parti a commencé il y a bien des années et nous gardons volontiers les yeux fermés sans avoir jamais tâché de les ouvrir. Jusqu’à quand allons-nous demeurer pires aveugles. Mais la vérité est têtue et l’histoire se répète sans se lasser avec les interminables contradictions à l’interne. Il faut avoir des nerfs en acier pour supporter tout ceci. Cela ne s’explique pas, ça se vit. Et jusqu’à quand donc allons-nous subir ? On est rassasiés et constipés de la gestion de Léhady Vinangnon Soglo qui, au-delà de tous maux, en ajoute au calvaire des militants à la base. La gestion d’un parti politique dans le contexte actuel du Bénin doit être démocratique. A la Rb d’aujourd’hui combien de personnes prennent les décisions au nom de la grande masse ?  Le bureau politique composé à 75% de cadres de la Mairie de Cotonou, qui décident au nom du parti a-t-il encore sa raison
    d’être?  Mieux, de 27 députés à l’origine, nous en sommes à combien aujourd’hui ? 09 simplement avec des démissions en cascade jusqu’au départ des ténors les plus incontournables de ce temps. Et tenez, 09 députés n’eut été le soutien de l’Union fait la Nation. De plus, depuis toujours, de quoi avons-nous bénéficié ? Et au lieu de penser aux stratégies pouvant conduire les militants à un bien être socio-économique, on perd le temps à allumer le feu dans la maison et à l’attiser, tant pis pour les frères en quelque sorte. On est où et on va où. La lueur d’espoir apportée par Blaise AHANHANZO GLELE à la grande satisfaction et au soulagement du peuple béninois en général et de ceux du plateau d’Abomey en particulier est encore précocement étouffée par une jalousie morbide qui ne vise qu’à abattre un homme, un développeur, un rassembleur, en un mot, un homme bon. Une jalousie doublée d’une méchanceté
    gratuite qui plonge les populations dans une misère noire. Qui peut donc continuer le changement amorcé par Blaise Ahanhanzo GLELE? Qui peut, mieux que lui rassembler les Houégbadjavi ?
    Le pire est que rien n’est fait pour écouter ceux qui démissionnent et les persuader de revenir à la case départ. Bien au contraire, des responsables hauts placés avancent qu’ils écraseront politiquement tous ceux ne leur feront pas allégeance.

    On se croirait dans ce parti, dans une voiture dont le chauffeur est aveugle et dont la barre de direction est cassée.
    Arrêtons la machine à fabriquer la misère, la souffrance, la division et l’échec au quotidien. Arrêtons alors cette voiture si non les dégâts ne seront plus réparables. C’est pourquoi, nous exigeons une autre vision de la gestion de notre patrimoine commun qu’est la Renaissance du Bénin et si possible le départ de Léhady Vinangnon Soglo de la tête du parti avec sa gestion solitaire, autocratique et chaotique pour qu’Abomey aspire enfin à un mieux être. Si notre requête n’est pas acceptée, nous nous ferons écouter le moment venu. Car on a trop perdu le temps et ce inutilement avec un parti qui  refuse d’avoir une boussole.
    Vive la nouvelle génération pour un développement harmonieux du Plateau d’Abomey!
    Vive la cité debout !
    Vive les Houégbadjavi !
    Je vous remercie.


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  • Dialogues américano-indonésiens : une nouvelle optique grâce à un centre innovateur
    par Faya Suwardi

    12 avril 2013


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    Jakarta – « Ici, aux Etats-Unis, les gens me posent souvent des questions à propos de l’islam, parce qu’ils sont curieux de connaître cette religion » affirme Salsabila Diar, étudiante d’échange indonésienne en Virginie, à qui on a demandé de parler de ses interactions avec les Américains dans le cadre d’une discussion organisée en février dernier par @america intitulée « L’islam en Amérique : opinions des jeunes ». La jeune femme a fait part de son expérience à l’étranger par Skype, la discussion se déroulant à Jakarta, dans les locaux de l’institut qui se trouvent dans le centre commercial Pacific Place Mall. 

    A la pointe de la technologie, @america a été inauguré en 2010. Ce centre culturel innovateur - le premier du genre dans le monde - organise régulièrement des conférences, auxquelles les visiteurs participent gratuitement, ainsi que des débats très interactifs sur une variété de thèmes allant de l’islam en Amérique à la musique grunge. Des ateliers spécifiques et des concerts s’y déroulent également et les étudiants indonésiens, qui voudraient poursuivre des études aux Etats-Unis, peuvent y obtenir de l’aide pour leurs démarches. Le travail de ce centre a favorisé les relations bilatérales entre l’Indonésie et les Etats-Unis et a permis d’atténuer les préjugés mutuels.

    Si les films, les chansons et la culture pop venant d’Amérique ont toujours remporté beaucoup de succès auprès des Indonésiens, ces derniers n’ont cependant pas forcément une bonne opinion des Américains. Parfois les mesures prises par les Etats-Unis sur le plan socio-économique ou international sont considérées comme défavorables à l’Indonésie et aux autres pays musulmans. L’intervention anti-terroriste menée par les Américains en Indonésie ou leur abstention dans le vote des Nations Unies sur le statut de la Palestine en novembre dernier en sont quelques exemples. Ces mesures confortent les Indonésiens dans l’idée que les Etats-Unis veulent être les maîtres du monde et qu’ils sont hostiles aux musulmans. 

    A travers ses initiatives, @america a néanmoins réussi à changer un peu cette image négative auprès de certains Indonésiens. La journaliste Suci Sekarwati, qui travaille pour le quotidien national Koran Jakarta, a déclaré récemment : « La discussion sur le thème de l’islam en Amérique, à laquelle je viens de participer, m’a montré qu’aux Etats-Unis, les musulmans jouissent des mêmes droits que les autres citoyens ». 

    Pour sa part, Aprillia Ramadhina, une passionnée d’art qui a participé à un grand nombre d’événements artistiques organisés au centre culturel, dit avoir été agréablement surprise face à l’accueil réservé aux artistes indonésiens par les Américains. « Ça fait plaisir de voir des musiciens indonésiens comme Gugun Blues Shelter [un groupe de blues qui commence à être connu aux Etats-Unis] se produire à @america. Cela montre que les Etats-Unis sont ouverts à la musique de chez nous », dit-elle.

    Se fondant dans la scène urbaine moderne indonésienne du fait de son emplacement dans un centre commercial, l’institut @america est facilement accessible et suscite un intérêt grandissant pour les relations entre Indonésiens et Américains sur le plan individuel.

    Cependant, l’atmosphère des locaux peut paraître parfois trop exclusive. Les murs sont dépourvus de fenêtres et les mesures de sécurité sont excessives : les visiteurs ne peuvent pas prendre leurs sacs avec eux à l’intérieur - même si ceux-ci sont scannés à l’entrée, ils doivent restés consignés dans des casiers prévus à cet effet. Ce climat met mal à l’aise certaines personnes et pourrait devenir contre-productif par rapport aux objectifs que s’est fixés l’institut. Il lui faudrait suivre l’exemple d’autres centres culturels établis à Jakarta, où les visiteurs sont autorisés à prendre leurs affaires avec eux et où l’ambiance des espaces ouverts est plus détendue. C’est le cas notamment de l’institut néerlandais Erasmus Huis ou du Goethe Institute allemand.

    Outre la volonté d’améliorer les relations avec les Indonésiens sur le plan individuel, les responsables américains ont choisi l’Indonésie pour lancer le concept d’un premier centre @america, pour deux autres raisons majeures. Selon John Y. Choi, attaché culturel adjoint auprès de l’institut, le choix s’est porté sur ce pays, d’abord parce que le nombre d’utilisateurs de réseaux sociaux y est élevé et que ce facteur correspond aux critères du concept innovateur de @america. Ensuite, parce que les étudiants indonésiens sont nombreux à vouloir poursuivre leurs études en Amérique.

    « Le nombre d’étudiants qui souhaitent connaître les Etats-Unis et les possibilités d’y étudier est très élevé en Indonésie. Nous avons aussi remarqué que ces jeunes posent leurs questions, expriment leurs idées ou leurs sentiments sur les Etats-Unis par le biais d’outils technologiques des plus récents », explique l’attaché culturel adjoint.

    Pour attirer les étudiants indonésiens aux Etats-Unis, le gouvernement américain a investi des fonds considérables afin de créer @america et de mettre en place des bourses d’études telles que le Kennedy-Lugar Youth Exchange and Study Program (YES) et le Fulbright Program. 

    Suci Sekarwati précise : « @america offre à ceux qui veulent étudier spécifiquement aux Etats-Unis de nombreux avantages. Quant au gouvernement américain, il a assoupli sa politique de visas pour les étudiants et les touristes indonésiens, qui avaient des difficultés à en obtenir un dans le passé ».

    Malgré ses petits défauts, @america illustre bien la bonne volonté des Etats-Unis à l’égard de l’Indonésie. L’interaction et la compréhension mutuelle croissantes feront que les relations respectueuses entre les deux pays s’amélioreront et finiront par aboutir à un partenariat plus fructueux.

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    * Faya Suwardi est une journaliste indépendante de Jakarta. Elle a travaillé pour les rubriques sportives et économiques de Bola, de Sport Week, de Kompass.com et de Koran Jakarta. Article écrit pour Common Ground News Service (CGNews).

    Source: Service de Presse de Common Ground (CGNews), 12 avril 2013,www.commongroundnews.org.


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  • Si petits, si ravageurs

    Ils sont si petits, moins d’un millimètre, mais ces insectes sont de véritables ravageurs de plantes dans de nombreux pays côtiers de l’Afrique de l’Ouest.

    Vous avez beau entretenu votre papayeraie ou cocoteraie, quand la cochenille ou l’acarien passe par là, il détruit tout sur son passage. Ces minuscules insectes exotiques et invasifs, constituent une vraie menace pour les cultures et les plantes dans de nombreux pays de l’Afrique de l’Ouest. La cochenille du papayer —Paracoccus marginatus, originaire du Mexique, a été localisée, pour la première fois, au Ghana et identifiée par l’Institut international d’Agriculture Tropicale (IITA), station du Bénin, vers la fin de 2009. Elle est, aujourd’hui, aussi répandue au Bénin, au Togo, au Nigeria, au Cameroun, au Gabon, en Sierra Leone et même signalée tout dernièrement au Sénégal. La proportion des plantes atteintes par cet insecte varie d’une région à une autre. En Afrique occidentale, il attaque plus de 80 espèces de plantes, arbres et arbustes.

    Au Bénin, tout comme dans beaucoup de pays, il s’en prend surtout au papayer cultivé dans les régions côtières du pays. De toutes les espèces de cochenilles identifiées et étudiées—Phenacoccus manihoti, Ferrisia virgata, Maconellicoccus hirsutus, Nipaecoccus viridis et Pseudococcus longispinus —, celle du papayer, se nourrit de plusieurs espèces végétales. Elle a la capacité de se multiplier avec ou sans accouplement et prolifère allègrement sous un climat tropical. C’est d’ailleurs pourquoi, qu’en saison sèche ses dégâts sont plus énormes. Jaunâtre, elle produit des mâles ailés à la différence de celle du manioc qui, elle, est rosâtre.

    Lorsqu’elle colonise la plante en saison sèche, la cochenille du papayer, très discrète pendant la saison des pluies, provoque la déformation et la chute des feuilles due à un champignon qui pousse sur une substance sucrée (miellat) rejetée par ces insectes piqueurs et suceurs. Graduellement privée de photosynthèse, la plante, en fin de compte, meurt.

    « La cochenille du papayer suce la plante, injecte une substance qui cause la déformation des feuilles et finit par mettre à nu la plante », déclare Dr Georg Goergen, Entomologiste, responsable de la collection d'insectes et spécialiste en biodiversité à l’IITA-Bénin.

    La papayeraie de Germain  Sinha, à Allada, localité à 40 kilomètres au nord de Cotonou, a fait les frais de ce terrible ravageur. L’an dernier, ce ravageur a complètement détruit ses deux hectares de vergers. Il n’a pratiquement rien récolté ni vendu. Bien au contraire, cette année-là, il a perdu une de ses sources de revenus et est sérieusement criblé de plus de 5 000 000 de francs CFA de dette qu’il continue de payer à une structure de financement de projet agricole de la place. Des troncs de papayers pourris, nids de nombreux termites et fourmis, jonchent encore le sol de cette plantation dévastée, pourtant, pourvue de système d’irrigation. C’est avec des larmes aux yeux que Germain raconte son calvaire. Il confie qu’il n’abandonnera pas cette production qui rapporte en moyenne 800 000 francs CFA à chaque récolte. Mais il devra encore s’armer de courage et trouver un remède aux cochenilles avant de reprendre sa plantation. Mais en attendant de reprendre son champ de papaye, il souffre durement.

    Selon Dr Goergen, en 2010, au Ghana, par exemple, 85 % des fermes de papaye dans les cinq principales régions productrices infestées ont été dévastées par la cochenille du papayer occasionnant des pertes de rendement moyen de 65 % et le rétrécissement des  plantations de 2500 hectares à 380 hectares. Environ 1700 personnes ont perdus leur job à cause de ce ravageur. Une épidémie du genre, si rien n’est fait, serait plus dramatique au Nigeria, deuxième producteur et sixième exportateur de papaye au monde.

    Il loge dans les bractées

    L’acarien du coco — Aceria guerreronis (Eriophyidae), quant à lui, originaire aussi du Mexique, fait également figure de grands ravageurs en Afrique. Plus petite (invisible à l’œil nu) que la cochenille du papayer, il loge dans les bractées c’est-à-dire les feuilles à la base de  la noix de coco, infecte la noix de coco à un mois et suce le contenu  des  cellules responsables de la croissance de la noix. Ainsi, les  dégâts  causés apparaissent  d’abord  sous  forme de triangles blanchâtres à la  lisière de  la  bractée de  la  noix. Ces  taches s’élargissent  et  jaunissent  puis  brunissent avec l’âge de la  noix.  La surface de la  noix,  au lieu de  demeurer lisse  est  désormais craquelée.  La  noix  devient  souvent tordue  et  demeure petite  comparée aux  noix  non attaquées. « Une noix de coco saine est lisse et a une couleur verte tandis qu’une noix infectée a la  surface rugueuse et  brune, faisant penser  à un dessèchement  naturel », indique Dr Ignace Zannou, Acarologue à IITA-Bénin.

    Des études menées par une équipe de chercheurs de IITA-Bénin, sous la direction de Dr Hanna Rachid, Entomologiste  et Dr Peter  Schausberger de  Universitat für Bodenkultur de Vienne, en Autriche, montrent que cet acarien provoque souvent la chute prématurée des jeunes noix de coco, réduit considérablement  la  taille des  noix, la perte de rendement allant jusqu’à 40 % et la mort des jeunes plants de coco. Dispersé dans la région par le transport des noix infestées par des courants marins, il est responsable aussi de la  dépréciation de la noix de coco sur le marché. Une  étude  socio-économique  conduite, en  2010, a  révélé  que  les  noix  ainsi attaquées sont si petites  qu’elles  sont  vendues  moitié prix.

    « Nous avons trouvé que le ravageur endommage les fruits dans presque toutes les plantations au  Bénin et  en Tanzanie et le niveau d’infestation s’élève à plus de 80 % », affirme Dr Koffi Negloh, Acarologue à IITA-Bénin. Il précise : « 90 à 100 %  des  cocotiers  examinés au  sud du Bénin  sont  attaqués.  Le  pourcentage moyen  de  noix   attaquées avoisine  80 % ». 

    La plupart des noix de coco que vend dame Chimène Tchiakpè, au bord du trottoir de l’esplanade du stade de l’Amitié de Kouhounou, à Cotonou sont petites, tordues et craquelées. C’est la même chose chez dame Justine Bignon, à l’entrée de la plage de Fidjrossè, à Cotonou qui dit avoir remarqué que les grosses noix de coco, bien vertes et lisses contiennent souvent beaucoup plus de lait de coco que les petites noix. Elles s’approvisionnent toutes à Togbin, village  côtier qui a perdu presque toute sa cocoteraie en raison de l’érosion côtière.

    En Côte d’Ivoire, premier exportateur de produits cocotiers (coprah et noix entières) en Afrique, avec une production annuelle de 65 000 tonnes de coprah chaque année pour 50 000 hectares de cocoteraie, une maladie —Phytophtora katsurae,affecte aussi les cocotiers. Le Centre national de recherche agronomique (CNRA) de ce pays a mis au point  des méthodes de lutte efficace contre les ravageurs et les maladies.

    Ne résistent pas devant des ennemis naturels

    La cochenille du papayer et l’acarien du coco sont redoutables mais ne résistent pas devant des ennemis naturels  (prédateurs ou parasitoïdes). Une étude menée par IITA-Bénin et publiée dans Biocontrol News and Information, en 2011, fait état des ennemis naturels avérés de la cochenille du papayer. Deux petites guêpes, de presque même taille (entre 0.8 mm et 1.2 mm) que la cochenille du papayer, tuent celle-ci en déposant un œuf par cochenille, la transforme en pupe d’où émerge par la suite une nouvelle guêpe adulte.

    Une campagne de lâchers de ces micro-guêpes, financée par la Direction du Développement et de la Coopération Suisse (DDC), sera bientôt menée par l’IITA-Bénin, dans six pays côtiers du Golfe de Guinée (Bénin, Cameroun, Gabon, Ghana, Nigeria et Togo).

    « Les premiers lâchers de guêpes dans des sites pilotes au Ghana ont donné des résultats très probants. Il se sont traduits par une chute immédiate des populations de cochenilles au point que les producteurs ont immédiatement arrêté de pulvériser des insecticides pour permettre aux parasitoïdes de substituer l’action chimique. Nous pensons que la lutte biologique contre ce ravageur est plus salutaire que l’utilisation de pesticides », déclare Dr Goergen.

    « L’idée n’est pas de faire disparaître la cochenille mais de maintenir le niveau du ravageur très bas comme c’est actuellement le cas pour la cochenille du manioc. Faire éradiquer le ravageur revient à faire disparaitre les parasitoïdes », indique-t-il.

    Concernant l’acarien du coco, IITA-Bénin, dans le cadre du projet « Lutte intégrée contre l’acarien du coco », financé par le Gouvernement  Fédéral d’Autriche puis par VetoWotro (Netherlands Organisation for Scientific Research), un organisme Néerlandais dont les  résultats sont publiés dans plusieurs journaux  internationaux, notamment « Experimental  and  Applied  Acarology,  Biological Control … », depuis 2007.  Les  recherches dans le  cadre de ce  projet  ont permis la  découverte de trois acariens prédateurs de ce ravageur de  coco au Bénin, en  Tanzanie, au Brésil  et  au Sri Lanka. Bien que les premières  identifications  aient  montré  des  similitudes entre  ces prédateurs, des  études morphologiques, moléculaires et biologiques  ont permis de  choisir  l’espèce  Neoseiulus  baraki,  originaire  du Brésil comme  agent  de  lutte contre l’acarien de coco. Cet ennemi naturel qui, selon Dr Negloh et Dr Zannou, colonise assez rapidement les  noix  à la  suite du  ravageur, est efficace pour décimer l’acarien du coco. « On a la conviction que le prédateur peut faire le travail », a dit Dr Negloh.

    Selon Dr Zannou et Dr Negloh, de mars 2011 à avril 2012, des lâchers expérimentaux du prédateur  N.  baraki effectués dans 6 plantations, dans les localités de Ouidah, Grand Popo et Owodé au Bénin montrent que les prédateurs sont efficaces contre le ravageur. « Les  résultats  à  ce  jour  montrent  que le prédateur s’est établi dans  ces  plantations  et  commence  à se  disperser », déclare Dr Zannou et Dr. Negloh. Mais il faut attendre encore deux ans pour évaluer la dispersion du prédateur dans les  parcelles adjacentes puis  dans les  plantations  voisines  des  champs d’expérimentation, évaluer l’impact du  prédateur  sur la  population du  ravageur  A.  guerreronis et faire  une  étude  comparative sur la  production des  noix.

    Christophe D. Assogba


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  • Les mouches des fruits pires que les virus

    Au Bénin, des insectes ravageurs envahissent les vergers depuis des décennies dans les régions productrices de fruits dans tout le pays mais surtout au nord et au centre. Les spécialistes ont mis au point différentes méthodes de lutte intégrée pour venir à bout de cette gamme variée de ravageurs appelées  « les mouches des fruits » qui s’attaquent à beaucoup d’espèces fruitières. Un projet régional, intitulé WAFFI (West African Fruit Fly Initiative), mené par l’Institut International d’Agriculture Tropicale (IITA) et le Centre de coopération internationale en recherche agronomique pour le développement (Cirad) est mis en œuvre depuis plusieurs années par Dr Jean-François Vayssières, ses assistants Dr Antonio Sinzogan, Dr Appolinaire Adandonon, Mme Cinthia Kikissagbé et une équipe de plusieurs techniciens (à  Cotonou et à Parakou) afin de lutter contre ces ravageurs redoutables.

    Il y a quelques années, quand les spécialistes n’avaient pas encore trouvé des remèdes, Lolo et Léonide, planteurs de mangues à Parakou, localité située à 435 kilomètres au nord de Cotonou, désespérés, se débarrassaient simplement des « arbres malades ». Ils n’avaient pas d’autres solutions face aux ravages des mouches des fruits.  Ainsi, ils ont détruit des centaines de manguiers dans leurs vergers à l’entrée de la ville et à la sortie en direction de Malanville au haut-nord du Bénin. Aujourd’hui, l’abattage systématique des arbres malades n’est plus, pour eux, le remède pour lutter contre les mouches de fruits. Ils ont abandonné cette pratique préjudiciable à leur survie au profit de solutions plus efficaces ne nécessitant pas du tout l’abattage des arbres infectés. Et leurs vergers, à perte de vue, essentiellement composés des variétés de mangues greffées et ordinaires ne souffrent plus tellement des ravages des mouches des fruits.

    Quand celles-ci piquent les fruits, elles créent des tâches noires à partir desquelles commencent, au bout de quelques temps, à la fois le développement des larves et la pourriture du fruit qui devient impropre à la consommation. On en recense environ quarante espèces en Afrique de l’Ouest mais Bactrocera invadens (Diptera Tephritidae), très bon voilier, est celle qui remporte aujourd’hui la palme en matière de menace pour les fruits. Les autres espèces notamment celles du genre Ceratitis (Diptera Tephritidae), d’origine africaine, occasionnent moins de dégâts que Bactrocera invadens, espèce invasive, originaire du Sri Lanka et détectée en 2004 au Bénin par des chercheurs de IITA. 
    De grande taille (~1 cm), Bactrocera invadens, présente deux lignes jaunes sur le thorax avec un abdomen orangé et des ailes pourvues d’une nervure anale bien distincte.

    Ses ailes sont en grande partie transparentes, sans taches tandis que les cératites, petites ont des taches sur les ailes et un scutellum bombé tacheté de jaune et de noir. 
    Avec une durée de vie de trois à quatre mois environ, les femelles de Bactrocera invadens piquent les fruits à l’aide d’une sorte d’aiguille (ou ovipositeur) pour  déposer des œufs dans la pulpe du fruit. Ces œufs donnent ensuite des larves qui se nourrissent de la pulpe pendant plusieurs jours avant de quitter le fruit pour s’enfouir dans le sol et se transformer en pupes. Les cératites ont les mêmes caractéristiques mais avec une durée de vie de deux à trois mois.

    Suspendus aux arbres

    Les mouches des fruits s’attaquent aux agrumes, aux mangues, aux annones, aux goyaves, aux papayes, aux noix du karité et à d’autres fruits locaux. Mais les mangues et les agrumes constituent leur terrain de prédilection de sorte qu’elles font subir des pertes physiques importantes qui diminuent la production commercialisable tenue par de petites exploitations familiales. En 2006, la production de mangues est estimée à ~ 2 300 ha de manguiers au Bénin avec 90 % de mangues greffées (2 070 ha) et 10 % de mangues non greffées (230 ha). Malgré toute cette production, seule une vingtaine de tonnes sont exportées chaque année exclusivement vers le Niger.
    Comment identifier, parmi les quarante espèces qui sévissent dans la région ouest-africaine, celle qui pose plus de problème ?

    La détection des mouches des fruits passe par le piégeage qui se fait de plusieurs manières. Il existe huit types de pièges testés au Bénin et plus d’une dizaine d’attractifs disponibles sur le marché et qui marchent fort bien. Ces pièges sont répartis en deux catégories : pièges à sec contenant des attractifs sexuels et des pièges à liquide contenant des attractifs alimentaires. Les pièges sont pour la plupart de simples récipients de formes géométriques différentes (cylindriques) à couvercle avec une surface attractive associée à un dispositif pour les attractifs. Deux ou trois orifices sont faites tout autour du récipient pour permettre aux mouches des fruits d’atteindre les attractifs.

    Suspendus aux arbres, à une hauteur d’homme et à une distance de 40 mètres l’un de l’autre pour éviter toute interaction entre les attractifs  et dissimulés dans le feuillage afin de faciliter l’entrée des diptères à l’intérieur, ils ne doivent pas recevoir les rayons du soleil surtout ceux à liquide qui ont besoin de rester à l’ombre. L’installation des pièges nécessitent, entre autres, la présence d’un équipement météo dans le verger, la présence d’au moins trois différents fruitiers, la présence d’un gardien permanent sur le site d’une superficie d’environ 6 hectares et l’absence de toute culture proche nécessitant l’utilisation d’insecticide notamment le coton.  Les premiers pièges ont été posés  au Bénin en 2005 et avec le projet WAFFI un peu plus de 200 ha de vergers de manguiers et d’agrumes ont été suivis de 2009 à 2011. L’efficacité des pièges est assurée par les attractifs qui attirent les mouches. Les mouches des fruits capturées sont déterminées au laboratoire.

    D’après les explications de Jean-François Vayssières, biologiste et entomologiste, responsable du Projet régional de lutte contre les mouches des fruits (WAFFI) à IITA-Bénin, le piégeage de détection permet de suivre « les fluctuations de populations de mouches des fruits tout au long d’une année. Il permet aussi de prévoir le déclenchement des  méthodes de lutte intégrée au moment opportun lorsque le Seuil Economique de Nuisibilité (calculé à partir du nombre de captures du piégeage de détection) a été dépassé».

    Les ravageurs consomment la moitié de la campagne

    Redoutables ravageurs, les mouches des fruits causent des pertes énormes aux filières fruitières au Bénin et un peu partout en Afrique de l’Ouest. « La moyenne des dégâts enregistrés sur sept fruitiers en 2006 allait de 17 % en début avril à 80 % en juin », souligne Dr Vayssières. En 2005 et 2006, les pertes de production du manguier ont dépassé 50 % en milieu de campagne.  Selon les calculs de ce  spécialiste à la tête d’une équipe de chercheurs sur les mouches de fruits dans 9 pays de l’Afrique de l’Ouest (Bénin, Burkina Faso, Côte d’Ivoire, Guinée, Ghana,  Mali, Niger, Sénégal, Togo), les ravageurs consomment chaque année la moitié de la campagne. « En début de campagne à début avril, on enregistré 10 à 12 % de dégâts. A la première quinzaine de mai, plus de 50 % de dégâts et pour les variétés tardives 80 à 90 % ».

    Les planteurs subissent des manques à gagner énormes chaque année. Il arrive qu’ils ne récoltent rien subissant des pertes de revenus considérables. Chaque année les mouches de fruits détruisent des centaines de tonnes de mangues et autres fruits au Bénin. En 2006, les pertes des mangues greffées  représentent 7 038 tonnes  soit 422 280 000 francs CFA et les pertes des mangues non greffées s’élèvent à 506 tonnes soit 12 650 000 francs CFA. Le total cumulé des pertes s’élève à 434 930 000 francs CFA soit 663 000 euros. « Avant les pertes sont énormes mais maintenant grâce au traitement que nous faisons, ça va mieux », confirme Imorou Safiou, un des employés dans les vergers de mangues de Discadam à Parakou. Les producteurs ne sont les seuls à subir les pertes. Les vendeuses aussi : « Lorsque nous allons nous approvisionner nous faisons bien le tri pour ne pas acheter des mangues piquées par les mouches qui pourrissent vite et occasionnent beaucoup d’avaries », a dit maman Jacqueline, vendeuse de fruits, légumes à Sainte Rita, un quartier de Cotonou.

    Ils éloignent les ravageurs des fruits

    Le pouvoir destructeur de ces insectes ravageurs est si fort que, depuis quelques années, une équipe de IITA-Bénin tente de les traquer dans leurs derniers retranchements. Les chercheurs ont mis au point plusieurs techniques à la fois avec des traitements phytosanitaires (avec un insecticide d’origine biologique le GF-120), avec des vecteurs biologiques (utilisation d’ennemis naturels que ce soit des fourmis ou des parasitoides) et d’hygiène phytosanitaire des vergers. « Ce n’est pas une seule technique de lutte qui peut venir à bout du problème des mouches de fruits. Les méthodes de lutte intégrée combinées permettent de maintenir les dégâts de ces ravageurs à un niveau très inférieurs au Seuil Economique de Nuisibilité », déclare  Vayssières.

    L’un des remèdes proposés aux planteurs pour lutter contre ces mouches des fruits est le « Success Appat » ou « GF-120 Fruit Fly Bait ». Ce produit est un mélange de substances alimentaires (arômes de fruits, eau, sucres et protéines) et un insecticide naturel, à base de bactéries, capable d’attirer et de tuer les mouches de fruits présents dans un verger. « C’est un produit qui comporte 98 % de jus de fruits associé à 2 % d’insecticide naturel obtenu par la fermentation d’une bactérie du sol. Il est efficace et permet d’être utilisé dans les fermes avec le label d’agriculture biologique », affirme Vayssières.

    Lorsque la mouche consomme cette mixture, elle meurt rapidement en moins d’une heure. Un litre de GF-120 permet de traiter un hectare de verger. Le traitement se fait avec un pulvérisateur manuel à pression entretenue d’une  capacité de seize litres dans lequel le produit est dilué avec de l’eau, à raison d’un litre pour cinq litres d’eau. Le traitement à base de GF-120 se fait huit semaines avant le début de la campagne fruitière après la nouaison du fruit. 
    C’est en 2006 et 2007 que ce produit a été testé au Bénin (dans les vergers du Borgou) pour la première fois avec des résultats positifs, assure le responsable du projet WAFFI. « Les traitements hebdomadaires des vergers ont permis de réduire les dégâts dus aux mouches de fruits d’environ 80 % dans les vergers traités par rapport aux vergers témoins ou vergers sans traitement», précise-t-il.


    Une hygiène phytosanitaire des vergers en vue de réduire dès le début de la campagne la pression parasitaire est aussi pratiquée. L’hygiène phytosanitaire, souvent associée à l’épandage de GF-120, se fait pendant la récolte et les fruits piqués sont systématiquement détruits. « L’utilisation combinée des traitements GF-120 et des récoltes sanitaires a réduit le taux d’infestation de 95 % dans le Borgou en 2008 », assure les chercheurs du projet WAFFI, dans une étude publiée en 2012 dans la revue Fruits.
    Le contrôle  et la destruction des ravageurs se font aussi à l’aide d’ennemis naturels. 

    Dans le cadre de la lutte intégrée, IITA-Bénin a identifié plusieurs organismes  (prédateurs ou parasitoïdes) capables d’éliminer les mouches des fruits. Concernant les prédateurs, il s’agit d’abord des fourmis tisserandes ou Oecophylla longinoda (Hymenoptera Formicidae). « Nous avons démarré depuis 2005 l’étude des fourmis tisserandes. Cette étude a montré l’efficacité des fournis rouges dans la réduction des dégâts des mouches de fruits », a dit le spécialiste.

    Il ajoute que pour éviter les morsures des fourmis lors de la cueillette, il suffit d’arroser les arbres car les fourmis n’aiment pas l’eau ; ou de nourrir les fourmis au pied des arbres avec des intestins de poulets ou bien encore d’utiliser de la cendre sur les mains et les pieds pour les éloigner. « Les fourmis tisserandes font un travail fantastique. Non seulement elles capturent les larves des mouches des fruits mais, en plus, de par les signaux chimiques  qu’elles émettent, elles éloignent les ravageurs des fruits. Les femelles de mouches des fruits  ont des réactions de répulsion lorsqu’il y a des fourmis à côté d’elles ou sur les fruits. Cela a été testé au laboratoire et confirmé sur le terrain à de nombreuses reprises.

    De plus ces fourmis oecophylles sont aussi très utiles dans la lutte contre les ravageurs des agrumes (mouches des fruits, chenilles, etc) et contre les ravageurs des anacardiers (punaises, chenilles, etc)», précise Dr Vayssières. « La gestion et l’utilisation des fourmis rouges constituent un outil bien adapté au développement durable des systèmes pérennes d’Afrique sub-saharienne grâce à leur efficacité, leur disponibilité permanente et leur large distribution », lit-on dans une des fiches techniques produites par WAFFI pour le compte de l’IITA-Bénin. Le  projet WAFFI a bénéficié et bénéficie de l’assistance de plusieurs bailleurs de fonds dont actuellement l’UEMOA et DANIDA. Signalons que DANIDA finance aussi un projet intitulé « Increasing value of african mango and cashew production using weaver ants ». Ce projet danois permet aussi la formation de jeunes étudiants Béninois à travers des thèses en collaboration avec l’Université d’Abomey Calavi (FSA – Cotonou).

    En dehors des fourmis rouges, des parasitoïdes (Fopius caudatus, Psyttalia spp, Fopius arisanus) et des champignons (Metarhizium) parviennent à tuer les mouches des fruits. Une petite guêpe tue la mouche en pondant à l’intérieur de l’œuf de la mouche qui éclot et se développe au détriment de la mouche pour finalement émerger à la place de cette dernière. Le projet WAFFI prévoit d’élever en très grande quantité ces micro-guêpes et d’organiser des lâchers massifs.

    Quant au champignon,lorsque la spore entre en contact avec la larve, la pupe ou l’adulte, il germe, pénètre dans la cuticule et croit dans le corps de la mouche entraînant la mort de celle-ci. Dans ce cas, il est préconisé l’utilisation des champignons dans des pièges aériens pour contaminer les adultes et l’épandage des champignons dans le sol afin de contaminer les larves et pupes des mouches. La première option (les spores dans les pièges aériens) est celle qui a été préférée par le projet WAFFI et qui sera bientôt développée.

    Et ce n’est pas tout : on peut aussi utiliser des insectes stériles (des mâles) contre les mouches des fruits. Une autre technique est de récolter précocement les fruits ou de le protéger avec un sac en papier transparent avant que le fruit ne murisse.

    «  Les méthodes de récoltes sanitaires, de luttes biologique et IPM (avec le GF-120) sont compatibles entre elles et marchent très bien dans le cadre de la lutte contre les mouches des fruits associées aux manguiers et agrumes. Nous sommes à même de sortir des vergers pilotes pour travailler à l’échelle d’un bassin de production fruitier. Il est important de travailler à une grande échelle pour optimiser la lutte contre les mouches des fruits produire des fruits sains », conclut Dr Vayssières.  

    Christophe D. Assogba

     


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