<?xml:namespace prefix = o ns = "urn:schemas-microsoft-com:office:office" /><o:p> </o:p>Culture maraîchère à Cotonou Le gagne pain de certaines femmes
La production maraîchère à Cotonou n'est pas l'apanage des hommes. Certaines femmes pratiquent cette activité et s'en sortent bien. Enquête.
Christophe D. ASSOGBA Site de l'Agence de sécurité pour la navigation aérienne (Asecna) sis au quartier Houéhiyo dans le13ème arrondissement de Cotonou. Il s'en va être dix-huit heures. Ce mercredi 24 mai 2006. Le soleil aux rayons doux, comme à pareille heure, se fraye unpassage dans le ciel pour aller se coucher. A l'horizon, il forme déjà un disque rougeâtre qui fait mal aux yeux au moindre regard. C'est à cette heureque Jeanne H., la cinquantaine révolu, jupe bleue, chemisette rouge, donne la dernière ration en eau à son périmètre de légumes. Elle transpire. De grosses goûtes de sueurs dégoulinent de son front. Imperturbable, elles'empresse de terminer l'arrosage de ses quatre vingt dix planches avant la tombée de la nuit. «Je m'adonne à cette activité depuis plus de vingt ans. Je cultive plusieurs variétés de légumes. La laitue, les choux et les carottes sont mes spécialités», explique-t-elle sans baisser les bras. A une centaine de mètre d'elle, Florence K., la quarantaine bien sonnée, pieds nus, qui a fini d'arroser ses quatre-vingt planches, profite des derniers rayons du soleil pour arracher les mauvaises herbes de son terrain de culture. Elle est aidée par une fillette de neuf ans qui se charge de les rassemblerdans une vieille bassine déteinte. «Moi, je fais ce travail depuis que j'étais jeune fille. Cela fait maintenant vingt ans». Les parcelles de Florence et de Jeanne sont à plus de cinq kilomètresde leur lieu d'habitation. Chaque matin, elles empruntent un taxi et arrivent à leur lieu de travail vers huit heures, pour y retourner dans la soirée, à dix-neuf heures. Le site sur lequelles deux femmes travaillentest un grand domaine morcelé en plusieurs lots. «Nous sommes environ 70 femmes ici. Les hommes sont plus nombreux que nous. Chacun d'entre nous dispose environ cinquante planches. Certains en ont plus que ça», poursuit-elle. Cet espace de production maraîchère est un marécage qui au fil des années de production maraîchère devient petit à petit une terre ferme. Avant d'atteindre les parcelles de Jeanne et de Florence, il faut accepter surtout en cette saison des pluies, de plonger le pied dans l'eau boueuse. Les deux femmes soulignent que le travail est difficile. «Ma plus grosse peine, dit Jeanne H., estl'arrosage. Celafatigue beaucoup. C'est très dur. Il faut arrose au moins trois fois par jour». « En dehors de l'arrosage, nous sommes confrontés à la mévente. Il arrive que le planche de carotteou de choux qu'on vend d'ordinaire à 5000 francs chute jusqu'à 3000 francs», renchérit Béatrice D. quia sa parcelle dans le grand jardin (côté droit en entrant sur le site) et quiexerceaussicette activité depuis plus de trente ans. Le site de l'Asecna est organisé en coopérative. On compte environ cinq dans le centre. Jeanne, Florence et Béatrice sont membres de la coopérative «Mahougnou» composée uniquement de femmes (30 femmes environ). Les autres coopératives sont composées majoritairement d'hommes. Les femmes sur ce site ne cultivent pas les mêmes légumes. Certaines s'adonnent uniquement aux légumes feuilles (laitue, choux, persil, vernonia, poivron, crincrin, «gboman et fotètè» en langue fon). D'autres cultivent les légumes fruits (carotte, concombre, haricot vert, navet, betterave, courgette etc). Mais la plupart cultivent à la fois les deux variétés de légumes. Malgré les difficultés auxquelles sont confrontées ces femmes, elles reconnaissent que c'est grâce aux revenus générés par cette «passionnante» activité, qu'elles arrivent à subvenir à leurs besoins et à élever leurs enfants. «C'est le fruit de ce travail qui me permet de manger et d'envoyer mes enfants à l'école. Mon fils aîné âgé de dix-huit ans est en classe de 2nde. Le benjamin fait le Ce1», déclare Florence. Elle ajoute : «C'est avec les revenus de cette activité que mon mari et moi avons construit notre maison de Godomey (une banlieue de Cotonou)». Même son de cloche chez les deux autres femmes. «Je ne me plains pas» A l'instar de Florence, Jeanne et Béatrice, d'autres femmes, sur d'autres sites, tout en faisant face à des difficultés, gagnent leur vie à travers le maraîchage.C'est le cas de Romaine G., installée sous les hautes tensions de la Communauté électrique du Bénin (Ceb) à Kouhounou Sètovi. La quarantaine, cette femme est à la fois productrice et vendeuse. «Le terrain n'est pas grand pour produire beaucoup. Avec le peu d'argent que je gagne, j'arrive à m'occuper de mes cinq enfants. Je ne me plains pas. C'est à la mort de mon mari que j'ai commencé cette activité. Sinon avant, mon mari produit et moi je vends», déclare-t-elle. Cyprienne D., installée sur le site du quartier Cadjèhoun, travaille au milieu d'une quarantaine d'hommes. «Ce n'est pas du tout facile de travailler avec les hommes. Mais on fait avec. J'essaye d'éviter les problèmes en respectant les règles du groupe», affirme-t-elle. «Je travaille ici il y a plus de vingt ans explique-t-elle. Après moi, beaucoup de personnes sont venues s'installer.Je dispose d'une trentaine de planches. L'arrosage est ma plus grande difficulté. Je me fais aider par mes enfants les jours où il n'y a pas classe. Les laitueset les jeunes pousses demandent beaucoup de travail. Tu dois les arroser trois à quatre fois par jours. La vente de mes produits me permet de faire beaucoup de chose». D'autres sites sont repartis dans la ville. Près de cent cinquante femmes sur plus de sept cent hommes pratiquent la culture maraîchère, souligne un agent du Centre communale de promotion agricole de Cotonou (Cecpa). Selon l'ancien Vice-président du site de l'Asecna, Bernardin Tékodjina, le centre compte 334 maraîchers dont 72 femmes. La production maraîchère annuelle à Cotonou est estimée à environ 3629,69 tonnes sur une superficie emblavée de 31,50 ha. «Mais cette production risque de diminuer en raison de la pénurie des terres due à la poussée urbaine c'est-à-dire à l'extension des zones bâties, à une absence de politique de sécurisation des terres», explique cet agent polyvalent du Cecpa. «Nous ne vendons pas vers l'extérieur» Les produits de l'activité de ces femmes approvisionnent les différents marchées de Cotonou et les localités avoisinantes. «Les clients viennent des marchés Dantokpa, Ganhi, Gbégamey, St Michel et autres. Quelques fois, des clients viennent de Bohicon et Abomey pour venir acheter nos produits. Pour le moment, nous ne vendons pas vers l'extérieur. Les prix des produits fluctuent souvent. Actuellement, les planches de légumes «gboman» et «fotètè» coûtent respectivement2500 f et 500 f», affirme Jeanne H. qui dispose depuis quelque temps d'une moto-pompepour offrir la ration journalière en eau aux légumes feuilles et légumes fruits. «Au contraire, ajoute-t-elle, les produits de Lomé et du Nigeria viennent nous concurrencer sur le marché. Ce qui fait que les prix chutent et la mévente s'installe. Si ce n'est pas les produits de l'extérieur qui envahissent de plus en plus le marché, nous serons plus à l'aise que nous le sommes maintenant. Il faut que les autorités nous aident pour que nos produits ne soient pas rejetés au détriment de ceux de nos voisins de l'Est et de l'Ouest». Selon la responsable du Cecpa de Cotonou, Mme Virginie Assogba Miguel, ces femmes braves, par leur activité, participent à la lutte contre la pauvreté et au développement du pays. «Leur activité, ajoute-elle, est très rémunératrice.Elles gagnent leur vie avec cela. C'est des emplois ainsi qui sont créés. Depuis le 02 février 2006, cette activité est organisée en filière. Tous les maraîchers de la capitale économique sont membres d'une structure dénommée Union communale des maraîchers de Cotonou (Ucomac)». Mais, il faudra à ces femmes en particulier et aux maraîchers en général, des subventions et des crédits pour se doter en outil de travail performant et accroître leur production. Cet article a gagné le premier prix des meilleures productions de presse béninoise 5ème Edition 2006 du Ministère de la Communication et des nouvelles technologies. Christophe D. ASSOGBA Journaliste / Communicateur/ Analyste politique Tel : (229) 97648206 e-mail : assochrist2002@yahoo.fr http://assogba.blogg.org