• Tuberculose: Le Bénin simplifie la prise en charge

    Plus de soucis pour les populations béninoises. Le  dépistage et le traitement de la tuberculose sont à la portée de tous. Sur toute l'étendue du territoire national. Pas besoin forcément d'argent pour se faire soigner de cette maladie.


    Maxime Zinsou, 23 ans, a l'air malheureux. Depuis quatre semaines, il ne fait que tousser. Ses parents lui préparent des tisanes qu'il boit à longueur de journée. Et pourtant, sa santé ne s'améliore pas. Il est gêné depuis que cette toux incessante lui empêche de s'évader un peu avec ses amis en cette période des vacancesde l'année scolaire 2008-2009. Il passe ses journées à la maison. «Je tousse énormément. Malgré la tisane que je prend, je ne guéri pas. Je n'arrive même plus à sortir pour m'éclater», dit-il. Dans son quartier à Fifadji Yénawa, un infirmier qui vit dans la même concession que Maxime soupçonne la tuberculose et demande à ses parents de l'amener à l'hôpital notamment au centre Lazaret de Cotonou pour se faire consulter par un infirmier ou un médecin. «Une personne qui tousse et crache depuis trois semaines peut-être en train de faire de la tuberculose. Il faut vite aller te faire dépister», suggère l'infirmier qui part au boulot  dans l'espoir peut-être que le malade se rende à l'hôpital. On était au dimanche matin. Le lundi, à la première heure Maxime accompagné de sa maman se rend à l'hôpital. Après les analyses, le médecin découvre qu'il souffre de la tuberculose.

    Une vieille maladie


    «La tuberculose est une vieille maladie. Depuis les années 1960 jusqu'à maintenant, nous avons parcouru pas mal d'étapes. Mais depuis 1983, le traitement directement observé est expérimenté et  a connu un succès sur le plan national et international», affirme le Dr Ferdinand Kassa,  à l'occasion d'un atelier de formation des journalistes à Bohicon à environ 120 km de Cotonou en août 2008. Selon ce médecin, la tuberculose est une maladie infectieuse contagieuse due à un microbe appelé Bacille de Koch (BK). «La tuberculose ajoute-t-il, se transmet d'une personne malade à une personne saine par la toux, l'éternuement, la parole, la chanson etc. Elle ne se transmet pas par les ustensiles de cuisine, les repas, les habits, les nattes ou tout autre objet usuel». Selon M. Anatole Houessou, socio-anthropologue, responsable Information, éducation et communication (Iec) au Pnt,  la tuberculose n'est ni un sort, ni le résultat d'un envoûtement. Elle est une maladie due à un microbe qui se manifeste le plus souvent  par une toux prolongée sur plusieurs semaines (trois semaines et plus). «La contamination de la tuberculose n'échappe à personne. Tout le monde peut attraper cette maladie», indique-t-il.  

    Prise en charge allégée et gratuite


    Avec plus de 7 millions d'habitants, 3670 personnes sont contaminées par le microbe de la  tuberculose au Bénin en 2007. Mais avec la gratuité des soins offerts aux malades grâce aux financements du Fonds mondial de lutte contre le sida, la tuberculose et le paludisme, le nombre de personnes contaminées diminue chaque année. «Pour l'année 2007, ce fonds a permis d'augmenter les taux de dépistage, de consolider et d'améliorer les taux de succès surtout dans les départements du Borgou et l'Alibori et de l'Atlantique et du Littoral, de consolider les taux de perdus de vue de 2005 dans tous les départements du pays», a laissé entendre le Dr Ferdinand Kassa au cours de cette formation qui vise à utiliser le canal des médias pour délocaliser la lutte contre la tuberculose de la clinique vers la communauté. Il ajoute : «en 2005, le Bénin, a connu un taux de succès thérapeutique de 87%. Et en 2006 de 86%. C'est vraiment rare pour des programmes performants dans le monde d'avoir de tels taux de succès thérapeutique. Non seulement le taux de succès thérapeutique, nous avons le taux de perdu de vue qui a régressé. Sur le plan national, le taux de perdu de vue est de 3% en 2005 et 5% en 2006. Le taux de succès thérapeutique est inégalement réparti sur le territoire national et nous avons des départements comme l'Atacora, le Mono, le Zou et les Collines qui ont un taux de perdu de vue de 0%. Mais un département phare du Bénin comme le Plateau a un taux de succès thérapeutique de 92%». Rappelons qu'en Afrique, la tuberculose est une importante cause de mortalité. Près de 700.000 décès sont enregistrés chaque année avec à la clé 20 à 80% de séroprévalence du VIH parmi les tuberculeux.
    Avec le concours de la coopération internationale, les autorités sanitaires béninoises se sont lancées dans un programme novateur de prise en charge allégée et gratuite qui passe par une décentralisation des soins. Afin de se rapprocher des populations rurales des villages et campagnes qui, jusqu'ici avaient fort peu accès au dépistage et à fortiori aux médicaments.
    Une cinquantaine (51 au total) de Centres de dépistage et de traitement (Cdt) ont été implantés dans les hôpitaux de zone et des  communes. Tant et si bien que les malades bénéficient d'un traitement et d'un suivi adéquat et gratuit de leur maladie.
     C'est dans un de ces centres de dépistage notamment au centre national hospitalier de pneumo-phtisiologie (Cnhpp) Lazaret  de Cotonou que  Maxime a été traité de sa maladie. Il raconte : «quand je suis arrivé dans cet hôpital, j'ai été reçu par un infirmier qui m'a soumis à un interrogatoire qui lui a permis de suspecter la maladie. Ensuite,  il m'a envoyé au laboratoire avec un bulletin d'examen qu'il m'a aidé à bien remplir. Au laboratoire, j'ai été inscrit dans un registre spécial. Le laborantin a marqué mon nom et prénom, âge, sexe, adresse précise et m'a attribué un numéro de laboratoire. Après, il  recueilli mon crachat dans un tube. Il m'a demandé de recueillir le lendemain au réveil un autre crachat. Je l'ai fais. Je suis revenu le second jour le voir avec le crachat qu'il a pris. Il a encore recueilli mon crachat. Donc en tout et pour tout, on a pris trois échantillons de mes crachats en l'espace de deux jours. Après examen de ces crachats, j'ai été déclaré positif parce que deux de mes crachats comportaient des bacilles rouges. J'avoue que je  n'ai rien payé pour obtenir le résultat de l'examen au laboratoire de mes crachats». «Le traitement de la tuberculose se fait avec les médicaments en comprimé ou en injection. Les médicaments de la tuberculose sont très efficaces. Le traitement est gratuit et dure 6 à 8 mois», déclare le Dr Ferdinand Kassa. Pour lui, les médicaments de la tuberculose disponibles dans les centres de traitement sur l'ensemble du territoire national constituent le premier rempart de lutte contre la maladie.  «Pendant les deux ou trois premiers mois du traitement, le malade tuberculeux doit prendre ses médicaments devant un agent de santé, à jeun tous les jours jusqu'à la fin du traitement. Pour un bon suivi, le malade doit faire contrôler trois fois ses crachats au cours du traitement notamment aux 2ème, 5ème et 6ème ou 8ème mois», renchérit Anatole Houessou.  «Après la confirmation de la maladie, on m'a expliqué gentiment le déroulement de mon traitement. Il m'a été interdit l'usage de tout excitant et prescrit l'observance d'un minimum de  règles d'hygiène. Ensuite, on m'a donné gratuitement des médicaments que j'avalais à jeun devant un agent de santé. Après environ trois mois, j'ai continué le traitement seul  avec les médicaments que l'hôpital me fournissait gratuitement. Au  bout de quelques mois,  j'ai  guéri  parce que surtout  je respectais les conseils du médecin et faisais les contrôles nécessaires», témoigne Maxime. «Si on était vite alle à l'hôpital, mon enfant allait vite guérir de cette maladie. Nous, on pensait que c'était le paludisme qui lui donnait la fièvre et la toux chronique. Désormais, si un de mes enfants tousse pendant plus de trois semaines, je vais l'emmener faire le test de dépistage de la tuberculose qui ne m'a rien coûté», conclu la maman de Maxime satisfaite de la guérison gratuite de son fils qui a pu  profiter des quelques jours de vacances pour s'éclater avec ses amis de quartier avant cette rentrée scolaire.

     


    Christophe D. ASSOGBA


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