• Construction d'infrastubliques au Bénin

    Construction d'infrastructures publiques au Bénin
    La vache à lait des corrompus
    <?xml:namespace prefix = o ns = "urn:schemas-microsoft-com:office:office" /><o:p> </o:p>Modification de plans, réduction d'épaisseur du bitume, sous- dosage du béton, mauvaise qualité du matériel de finition...Les pratiques frauduleuses caractérisent de plus en plus les travaux de construction d'infrastructures publiques au Bénin.  Les structures de contrôle ferment les yeux.
    Christophe D. ASSOGBA
    <o:p> </o:p>Alain est entrepreneur en génie civil. Chaque année, c'est plus de 15 millions de francs Cfa de revenus qu'il gagne dans les travaux de constructions de routes et d'écoles. «Je gagne beaucoup d'argent maintenant, se réjouit-il. Si on fait les choses dans la transparence je n'aurai jamais eu tout cet argent pour mon entreprise». Au Bénin, les projets de construction d'infrastructures sont le plus souvent mal exécutés. La grande partie des fonds alloués pour les travaux passe dans les poches des responsables du projet. Beaucoup de personnes profitent de l'argent du contribuable béninois et des partenaires au développement. En fait, les entreprises qui gagnent les marchés sur la base des appels d'offres ne respectent pas à la lettre les cahiers de charge. Si les travaux ne sont pas abandonnés, le plus souvent, ils sont mal exécutés. Les plans des bâtiments sont le plus souvent modifiés. Le béton sous- dosé. Quand il s'agit d'une route, l'épaisseur du bitume est réduite. Parfois de moitié : de 5 cm normalement à 4 ou 3 cm. Donc des millions de francs empochés. «Le prix de cession des marchés chez nous est insuffisant. Il faut rattraper. Pour la construction d'un centre de santé, c'est au moins 120 millions qu'il faut, mais on nous vend cela à 85 ou 90 millions. Voyez la différence. Donc, nous sommes obligés de voler dans le béton et autres», avoue Alain. En outre, les matériels de finition sont de mauvaises qualités. Après quelques mois d'usage, ils lâchent. Il faut changer ou réfectionner. Les planchers des immeubles, des écoles, des hôpitaux se fendillent, les toits, les plafonds coulent. Quant au goudron, il ne résiste pas sous le poids des charges des camions et autres gros porteurs. La route s'affaisse peu à peu. Conséquence : de multiples nids de poule. L'exemple des résidences MKII et Hassan II au campus universitaire d'Abomey-Calavi et du Boulevard de l'Europe à Cotonou sont patents. En bref, les infrastructures publiques réalisées à coût de milliards ne résistent pas à la durée. Où est donc le développement durable ?
    Impunité ne rime pas avec développement
    Le professeur Roger Gbègnonvi de Transparency International observe : «Tous les marchés publics sont des nids de corruption. Il faut payer quand on gagne. Celui qui a gagné un marché paye les 10% et fait les travaux avec les sous qui restent. Vous ne pouvez pas réclamer l'épaisseur du bitume. Ils réalisent ce qu'ils veulent. Si 5 ans après, il faut faire appel, on le fera et cela va recommencer». Même avis pour Martin Assogba, président de l'Ong Alcrer. «Il existe un grand fossé souvent entre ce qui est prévu dans le projet et ce qui est réalisé sur le terrain. Les responsables chargés d'exécuter les travaux font modifier les plans, ils corrompent les autorités sur toute la ligne pour frauder. Au bout du rouleau, le travail est mal fait. Plus personne ne pale». Yves, technicien en génie civil, explique : «l'entrepreneur négocie avec le bureau d'étude pour réaliser une épaisseur en dessous de ce qui est prévu et normal sans que le maître d'ouvrage chargé du contrôle ne sache. Parfois, celui-ci est aussi complice. Lorsqu'il s'agit d'un bâtiment, on aide le patron à voler sur l'épaisseur de la fondation et sur le dosage du béton. Au lieu de 20 cm on peut faire 15 cm». En général, les structures chargées du contrôle ferment les yeux sur ces pratiques frauduleuses et malhonnêtes. D'ailleurs, en l'absence d'un véritable contrôle, la pratique prend de l'ampleur. Les éléphants blancs sont là. Le comble, c'est que les entrepreneurs qui se livrent à ces vols sont fréquemment célébrés lors des cérémonies d'inauguration de ces infrastructures. Pourtant, le Code des marchés publics prévoit des sanctions pour ceux qui sont reconnus de pratique de corruption. Mais qui va punir qui ? Personne en clair, puisque tout le monde y bouffe. «Ces actes de mauvaises gouvernance, indique le professeur Roger Gbègnonvi, constituent un frein pour le développement du pays. Tant que le pillage des ressources des projets ne va pas cesser, le Bénin ne peut pas connaître un véritable développement». Malheureusement, ce sont les pauvres béninois qui payent le lourd tribut.    

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